CollègeVictor HugoLes Châtiments (1853)

Unité

« Unité » est un poème philosophique et lyrique extrait du recueil « Les Châtiments » de Victor Hugo. Écrit en exil, il s'éloigne du ton satirique et vengeur du livre pour célébrer l'harmonie universelle. Le poète y contemple les liens profonds qui unissent tous les éléments de la création, des plus humbles aux plus grandioses. Cette méditation aboutit à une hymne à Dieu, présenté comme le principe unificateur et sacré de toute chose.

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Unité
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Le texte intégral

Tout est plein de jour, même la tombe ; La lumière coule à flots, sans tarir ; L'ombre sous l'azur s'éveille et tombe ; L'oiseau chante, et l'homme peut mourir. La terre aime le ciel ; l'eau douce et l'eau salée S'épousent ; la forêt, temple aux vivants piliers, Prie, et parfois mêle aux clameurs de la vallée Les sanglots étouffés de ses sources, lierres. Tout se tient : l'astre altier, l'humble fleur, le grand chêne ; L'aube est soeur du matin, le soir frère de l'ombre ; L'épi naît du sillon que le soc a saigné ; La nuit fait la beauté sinistre de la mer sombre. L'océan, ce lutteur, gronde, et l'air, ce dormeur, Souffle ; le flot profond, l'écume échevelée, Le nuage, la brume, et l'algue et la fumée, Tout se fond, et se mêle à la même rumeur. L'être multiple et vague, atome ou continent, Flotte dans l'unité que l'infini constelle ; Et tout ce que le temps et l'espace étincelle N'est qu'un tourbillon d'ombre autour d'un point vivant. Dieu ! l'unité de tout, c'est toi, l'unité sainte ! C'est toi qui fais que l'onde et le rayon s'épousent, Que l'âme voit les yeux et que les yeux l'écoutent, Et que l'être, partout, sur tous les sommets, chante ! C'est toi par qui le chêne est fort, le lys candide ; C'est toi qui mets la grâce au front du jeune faon, La blancheur dans la neige et l'aurore au typhon, Et l'amour, cette flamme, au coeur de l'homme vide ! Sois béni pour les monts où l'air pur est si doux ! Sois béni pour les nids où gazouillent les mères ! Sois béni pour les yeux qui cherchent les chimères, Et pour les coeurs profonds, plus profonds que les trous ! Sois béni pour l'espoir, pour la vertu, pour l'art ! Sois béni pour le deuil même, ô père, et pour l'ombre ! Sois béni pour le grain qui devient gerbe sombre, Et pour la conscience, astre de notre part ! Unité ! sainteté ! dans l'azur, sur les cimes, Dans la source, dans l'antre, au fond des bois dormants, Dans l'étoile, au sommet des pics et des firmaments, Dans l'âme, on te salue, ô loi des lois sublimes !

""L'être multiple et vague, atome ou continent, / Flotte dans l'unité que l'infini constelle""

Victor Hugo

Contexte historique

Victor Hugo écrit « Les Châtiments » entre 1852 et 1853, en réaction au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, qui devient Napoléon III. Exilé à Jersey puis Guernesey, Hugo utilise la poésie comme une arme pour fustiger le nouvel empereur et défendre les idéaux républicains. « Unité », bien qu'inséré dans ce recueil de combat, constitue une pause lyrique et métaphysique. Il reflète les préoccupations spirituelles de Hugo et sa vision panthéiste d'un monde interconnecté, une forme de résistance par l'esprit et la contemplation face à la violence politique.

À propos de Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885) est un écrivain, poète, dramaturge et homme politique français, chef de file du mouvement romantique. Auteur de chefs-d'œuvre comme « Notre-Dame de Paris » (1831) et « Les Misérables » (1862), il a aussi marqué la poésie avec des recueils lyriques (« Les Contemplations ») et satiriques (« Les Châtiments »). Son engagement républicain lui vaut un long exil (1851-1870) après le coup d'État de Napoléon III. Il est rentré en France en 1870 et est devenu une figure mythique de la République.

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