CollègeVictor HugoLes Feuilles d'automne (1831)

Lorsque l'enfant paraît

Un poème qui célèbre la pureté et la joie que l'enfant apporte au sein du foyer. Victor Hugo y peint avec tendresse le pouvoir magique d'un regard d'enfant, capable de dissiper les soucis des adultes et d'illuminer le quotidien.

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Lorsque l'enfant paraît
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Le texte intégral

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher. Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie, de Dieu, des poètes, de l'âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie S'arrête en souriant. La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure, L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux. Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés ! Car vos beaux yeux sont pleins de douces lumières, Car vos petites mains, joyeuses et sans taches, N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange, Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l'auréole d'or ! Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche. Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche, Vos ailes sont d'azur. Souvent, pour fuir une ombre, un rien qui vous effraie, Ou pour aller chercher quelque fleur qui vous raie, Vous prenez votre essor. Vous êtes le printemps, vous êtes l'innocence, La candeur, la gaîté, la douce confiance. Voyez, la terre est belle ! Soyez béni, mon Dieu, qui m'avez donné Dans ces jours de tourment, de doute, de douleur, Cette famille autour de moi rassemblée, Et qui permettez à mon cœur De mêler, comme un baume à toute ma pensée, L'amour de cette mère et le sourire de l'enfant !

""Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille / Applaudit à grands cris.""

Victor Hugo

Contexte historique

Victor Hugo écrit ce poème en 1831, alors qu'il est un jeune père de famille (ses enfants Léopoldine, Charles et François-Victor sont nés entre 1824 et 1828). Il est publié dans le recueil 'Les Feuilles d'automne', qui marque un tournant dans son œuvre poétique. Après les engagements politiques des 'Odes et Ballades', Hugo se tourne vers l'intime et le familial. Ce recueil, écrit à l'automne de sa jeunesse (il a 29 ans), explore les thèmes du temps qui passe, de la mélancolie, mais aussi de la consolation trouvée dans le foyer et l'amour des siens. Le poème s'inscrit dans ce mouvement de repli sur la sphère privée comme source de bonheur et de sens.

À propos de Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885) est l'un des plus grands écrivains français. Poète, dramaturge et romancier, il est une figure majeure du Romantisme. Sa carrière est immense et engagée, des premiers recueils poétiques ('Odes et Ballades', 'Les Feuilles d'automne', 'Les Contemplations') aux romans monumentaux ('Notre-Dame de Paris', 'Les Misérables'). Sa vie et son œuvre sont marquées par un profond engagement politique (il fut exilé pour s'être opposé à Napoléon III) et par des drames personnels, comme la mort de sa fille Léopoldine, qui influenceront profondément son écriture.

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