CollègeJean de La FontaineFables (1668)

Le Loup et l'Agneau

Cette fable dénonce l'injustice et l'abus de pouvoir. Le Loup, affamé, trouve des prétextes fallacieux pour dévorer l'innocent Agneau. La morale cynique est énoncée dès le premier vers.

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Le Loup et l'Agneau
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Le texte intégral

La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l'allons montrer tout à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. — Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ; Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. — Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an passé. — Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. — Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens : Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers, et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

""La raison du plus fort est toujours la meilleure.""

Jean de La Fontaine

Contexte historique

Publiée en 1668 dans le Livre I des *Fables*, cette œuvre reflète les rapports de force de la société du XVIIe siècle. La Fontaine critique subtilement l'arbitraire royal et l'injustice sociale, tout en s'abritant derrière la fable animalière. Le premier vers, « La raison du plus fort est toujours la meilleure », est devenu un proverbe.

À propos de Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine (1621-1695) est un poète français célèbre pour ses *Fables*, publiées entre 1668 et 1694. Protégé par Fouquet puis Madame de La Sablière, il fréquente les salons littéraires parisiens. Ses fables, inspirées d'Ésope et Phèdre, restent des classiques de la littérature française enseignés dès l'école primaire.

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