CollègeGuillaume ApollinaireAlcools (1913)

La Loreley

"La Loreley" d'Apollinaire reprend la légende allemande de la sirine du Rhin qui ensorcelle les marins par sa beauté et son chant. Ce poème, extrait du recueil "Alcools", mêle tradition folklorique et sensibilité moderne. Apollinaire y explore les thèmes de la fatalité amoureuse, de la beauté destructrice et de la mélancolie. La figure de Loreley incarne à la fois la séduction et la malédiction, dans un récit aux accents tragiques.

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La Loreley
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Le texte intégral

À Bacharach il y avait une sorcière blonde Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde Devant son tribunal l'évêque la fit citer D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits Ceux qui m'ont regardée évêque en ont fait don Que ne suis-je pierre pourquoi ne suis-je pas morte Puis se tournant vers lui d'un air triste et fatal Qui donc faites-vous pendre là-bas sur ces rocs nus Ce sont trois chevaliers qui pour moi sont venus Le premier aimait tant qu'il en mourut d'amour Le second m'aima trop c'est ce qui fit le jour Que je devins si pâle et le troisième enfin M'aima comme un fou mais ne m'aima pas en vain Car pour lui je trahis ma patrie bien-aimée Et tous deux nous avons fui sur la même épée Et maintenant il faut que je sois sans merci Et que je laisse mourir d'amour tous ces hommes aussi Et les ayant charmés les renvoie à leur mort Et les ayant charmés les renvoie à leur mort L'évêque fit venir trois chevaliers armés L'emmenez à son couvent dit-il en soupirant Garde ton beau sourire et ton chant gracieux Pauvre Loreley dit-il en la bénissant Et voilà qu'elle chante et voilà qu'elle sourit Et les trois chevaliers l'emportent sans mot dire En passant sur le pont qui mène au monastère Ils se sont arrêtés et sous l'arche de pierre Ils ont penché la tête et l'ont laissée choir Et depuis ce jour-là on entend à minuit Passer un air si doux et si triste à la fois Qu'il fait fondre le cœur de celui qui l'écoute Et dans le Rhin qui coule à ses pieds tout en larmes On voit passer la nuit la belle aux yeux de pierres Qui laisse mourir d'amour tous les hommes à la ronde

""Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries / De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie""

Guillaume Apollinaire

Contexte historique

Guillaume Apollinaire écrit "La Loreley" au début du XXe siècle, période de transition entre le symbolisme et les avant-gardes. Le poème paraît en 1913 dans "Alcools", recueil qui marque une rupture avec la poésie traditionnelle par son absence de ponctuation. Apollinaire puise dans le folklore rhénan, qu'il a découvert lors de séjours en Allemagne. Cette réécriture mythologique s'inscrit dans le contexte du renouveau de l'intérêt pour les légendes populaires en Europe. Le poète modernise le mythe en y injectant une sensibilité contemporaine, entre fascination et désenchantement. La Loreley devient une figure ambivalente, à la fois victime et coupable, reflétant les interrogations modernes sur la destinée et la liberté.

À propos de Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire (1880-1918) est un poète français d'origine polonaise, figure majeure de l'avant-garde littéraire du début du XXe siècle. Il est l'auteur de "Alcools" (1913) et "Calligrammes" (1918). Innovateur formel, il supprime la ponctuation dans sa poésie et explore de nouvelles formes d'écriture. Son œuvre mêle modernité et tradition, mélancolie et fantaisie. Il meurt prématurément de la grippe espagnole, deux jours avant l'armistice de 1918.

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