CollègeVictor HugoLes Châtiments (1853)

Gastibelza

« Gastibelza » est un poème de Victor Hugo extrait du recueil « Les Châtiments », publié en 1853. Il se distingue par sa forme narrative et sa tonalité élégiaque, racontant la plainte d'un homme éploré après la mort de sa bien-aimée, Doña Sabine. Loin de la satire politique virulente qui caractérise une grande partie du recueil, ce poème adopte un registre lyrique et mélancolique. Il met en scène la figure du deuil absolu à travers le personnage de Gastibelza, dont la douleur résonne dans le paysage tout entier.

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Gastibelza
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Le texte intégral

Gastibelza, l'homme à la carabine, Chantait ainsi : « Quelqu'un a-t-il connu Doña Sabine ? Quelqu'un d'ici l'a-t-il connue ? Son cœur était bon, son âme divine, Et tous les cœurs pour elle ont contenu De la racine Jusqu'à la fleur, un amour têtu. Elle avait l'air d'une reine, et la mine D'un enfant ; on eût dit qu'elle était née Pour la doctrine Des anges, dans leur sérénité. Elle passait, laissant après sa ruine Le désespoir, et dans la destinée Une orpheline Qui s'appelait la gaîté. Elle était belle plus que la colline, Que le ciel bleu, que le lac étonné De la saline, Que le matin, que le soir incarnat. Elle était douce à la foule orpheline Des malheureux ; son regard incliné Vers la poitrine Semblait y verser un baume flat. Elle est morte. — Alors, de sa poitrine Sortit un chant, comme en sort un sanglot, Et l'on devine Que c'était son âme qui chantait. Et ce chant fut si triste, que l'épine En frissonna, que le brin d'herbe en haut De la ravine Pleura, que l'écho longtemps se tut, Et que le vent, qui sur l'eau se traîne, S'arrêta pour l'entendre, et qu'il eut Dans la fontaine Un sanglot, et qu'il s'en alla. Et depuis ce temps-là, l'âpre ravine, Le vieux donjon, le bois, le pré, l'étang, La tour divin Où l'ombre des grands arbres descend, Tout est morne, et la plaine et la colline Ont perdu cette voix, ce doux accent, Cette courbine Qui faisait dire à l'écho : Comment ? Et Gastibelza, sans que rien l'achève, Sans que jamais sa douleur s'apaise, Rôde et soulève La poussière avec son pied pesant. Et, tout en se parlant à lui-même, il rêve, Et dit : Doña Sabine ! Et le passant L'entend et crève De pitié, rien qu'en l'écoutant."

""Elle est morte. — Alors, de sa poitrine / Sortit un chant, comme en sort un sanglot, / Et l'on devine / Que c'était son âme qui chantait.""

Victor Hugo

Contexte historique

Victor Hugo écrit « Les Châtiments » durant son exil, après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 qui établit le Second Empire. Le recueil est une violente satire en vers contre Napoléon III, qualifié de « Napoléon le Petit ». Publié en 1853, il est conçu comme une arme politique. « Gastibelza », cependant, constitue une pause lyrique au milieu de cette charge politique. Il s'inscrit dans la tradition romantique de la plainte amoureuse et de la fusion entre la nature et les sentiments humains. Ce poème montre la diversité stylistique de Hugo, capable de passer de l'invective à l'élégie la plus pure. Il témoigne aussi de l'intérêt du poète pour les figures marginales et les passions extrêmes.

À propos de Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885) est un écrivain, poète, dramaturge et homme politique français, considéré comme l'une des plus importantes figures du romantisme. Auteur d'œuvres monumentales comme « Les Misérables », « Notre-Dame de Paris » et « Les Contemplations », il a marqué son siècle par son engagement politique et son immense production littéraire. Opposant à Napoléon III, il passe près de vingt ans en exil après le coup d'État de 1851. C'est durant cette période qu'il écrit ses plus grands chefs-d'œuvre engagés, dont « Les Châtiments » (1853), tout en poursuivant une œuvre lyrique et épique.

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