CollègeVictor HugoLes Châtiments (1853)

Charles Vacquerie

Ce poème est un hommage poignant de Victor Hugo à Charles Vacquerie, son gendre, tragiquement disparu en mer en 1843. Écrit dix ans après le drame et inclus dans 'Les Châtiments', il transcende la simple élégie pour devenir un symbole de la fatalité et de l'amour brisé. Hugo y mêle le deuil personnel à une méditation sur la puissance destructrice et créatrice de l'océan. La figure du jeune homme noyé s'élève au rang de mythe, emblème de la jeunesse fauchée et de l'éternel dialogue entre l'homme et les éléments.

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Charles Vacquerie
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Le texte intégral

Charles Vacquerie I Jeune homme, tu mourus, toi qu'un noble délire Emportait sur les flots, dans l'ombre, au bruit des mers, Pour aller demander à l'Angleterre un père À la France des pleurs ! II Tu mourus en laissant ton vaisseau qui s'envole, Ton navire, ton nid, ton toit, ton nid flottant, Et ta femme, ange à qui Dieu mit au front une étoile, Et qui t'attendait là-bas, pâle, en te regardant ! III La mort vint. L'ouragan brisa d'un coup de houle Le mât, l'espar, le nid, le toit, le gouvernail ; Et la mer, cette nuit-là, dans son vaste écroulement, Eut un sombre détail. IV Le lendemain, au jour, quand revint la marée, On trouva sur la grève, à l'endroit où le flot Se retire en laissant des perles à l'entrée De son lit, comme un roi qui sort de son cachot, V On trouva sur le sable une forme inconnue, Un corps mystérieux et terrible, un noyé Dont le flot avait fait, dans l'ombre, avenue Par la bouche et les yeux, un spectre foudroyé. VI C'était toi. Tu dormais sur la plage sonore. La vague avait sculpté ton visage divin ; L'océan t'avait pris pour lit, et dès l'aurore Il te rendait à Dieu, ton père et ton destin. VII Et maintenant, tu dors sous la pierre où l'on pleure, Près de Villequier, dans le champ du repos, Et ta femme est auprès de toi, blanche à cette heure, Et vous êtes tous deux dans l'ombre, côte à côte. VIII Et maintenant, passant, quand tu vas à la mer, Quand tu vois le flot sombre où la mouette erre, Songe à ce jeune mort, à ce couple éphémère, Et dis : Ils ont aimé ! Le vent peut les nommer.

""Ils ont aimé ! Le vent peut les nommer." - Cette chute du poème résume la transfiguration du couple par l'amour, qui les rend éternels face à l'oubli que pourrait apporter le vent."

Victor Hugo

Contexte historique

Le poème s'inscrit dans le recueil 'Les Châtiments' (1853), pamphlet virulent contre Napoléon III, mais il se distingue par son ton intimiste. Charles Vacquerie, époux de Léopoldine Hugo, fille adorée du poète, périt avec elle dans un naufrage sur la Seine à Villequier le 4 septembre 1843. Cette mort marqua Hugo d'une douleur indélébile. Bien que le recueil soit principalement politique, Hugo y intègre ce poème comme un contrepoint lyrique et familial. Le deuil privé résonne avec la dénonciation publique : la mort absurde de Charles symbolise aussi les vies brisées par le régime honni. L'écriture, postérieure de dix ans au drame, montre une douleur mûrie et transfigurée par l'art.

À propos de Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885) est le chef de file du romantisme français. Poète, dramaturge et romancier engagé, son œuvre est immense et variée, allant de la poésie lyrique ('Les Contemplations') à l'épopée ('La Légende des siècles'), du drame ('Hernani') au roman social ('Les Misérables'). Exilé après le coup d'État de Napoléon III (1851), il écrit ses plus virulentes satires politiques ('Les Châtiments'). La mort de sa fille Léopoldine en 1843 marque profondément sa vie et son œuvre, irriguant sa poésie d'une dimension douloureuse et métaphysique.

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