CollègeCharles BaudelaireLe Spleen de Paris (1869)

Hymne à la beauté

Cet hymne paradoxal célèbre la Beauté comme une force mystérieuse et ambivalente. Baudelaire interroge son origine divine ou démoniaque, soulignant son pouvoir à la fois fascinant et destructeur. Le poème explore l'emprise absolue de la Beauté sur le destin humain, mêlant sacré et profane. Il constitue une méditation lyrique sur l'ambiguïté fondamentale de l'idéal esthétique.

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Hymne à la beauté
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Le texte intégral

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, O Beauté ? ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin. Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ; Tu répands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien. Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ; De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant, Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques, Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement. L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau ! L'amoureux pantelant incliné sur sa belle A l'air d'un moribond caressant son tombeau. Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe, O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu ! Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ? De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, — fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! — L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?

""Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe, / O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !""

Charles Baudelaire

Contexte historique

Publié à titre posthume dans 'Le Spleen de Paris' (1869), ce poème s'inscrit dans le mouvement littéraire du symbolisme et dans l'esthétique baudelairienne du 'spleen' et de l'idéal. Le Second Empire (1852-1870) est marqué par une modernité urbaine naissante et des tensions sociales que Baudelaire transpose dans une réflexion métaphysique. L'œuvre reflète aussi l'influence du romantisme noir et la quête d'une beauté paradoxale, capable de transcender la laideur du monde. Baudelaire y développe sa théorie des 'correspondances' entre le sensible et le spirituel, tout en exprimant le conflit entre aspiration spirituelle et attirance pour le mal.

À propos de Charles Baudelaire

Charles Baudelaire (1821-1867) est un poète français majeur du XIXe siècle, précurseur du symbolisme. Son œuvre la plus célèbre, 'Les Fleurs du Mal' (1857), lui valut un procès pour outrage à la morale publique. Il est également l'auteur de 'Petits Poèmes en prose' (posthume, 1869), recueil également connu sous le titre 'Le Spleen de Paris'. Son esthétique explore les tensions entre le 'spleen' (l'ennui, la mélancolie moderne) et l'idéal, le bien et le mal, la beauté et la laideur. Traducteur d'Edgar Allan Poe, il a profondément influencé la poésie moderne.

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