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La Belle et la Bête

Un conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Il était une fois...

Il était une fois un riche marchand qui avait six enfants, trois garçons et trois filles. Comme il était homme de bon sens, il n'épargna rien pour l'éducation de ses enfants et leur donna toutes sortes de maîtres.

Ses filles étaient très belles ; mais la cadette surtout se faisait admirer, et on ne l'appelait, quand elle était petite, que la Belle Enfant ; en sorte que le nom lui en resta, ce qui donna beaucoup de jalousie à ses sœurs.

Cette cadette, qui était plus belle que ses sœurs, était aussi meilleure qu'elles. Les deux aînées avaient beaucoup d'orgueil parce qu'elles étaient riches : elles faisaient les dames et ne voulaient pas recevoir les visites des autres filles de marchands ; elles ne se plaisaient qu'avec des personnes de qualité.

Le malheur frappe

Un malheur arriva : le marchand perdit tout son bien et il ne lui resta qu'une petite maison de campagne bien loin de la ville. Il dit en pleurant à ses enfants qu'il fallait aller demeurer dans cette maison et que, travaillant comme des paysans, ils pourraient y subsister.

Les deux filles aînées répondirent qu'elles ne voulaient pas quitter la ville. Mais la Belle dit à son père qu'elle le suivrait à la campagne et qu'elle l'aiderait de son mieux.

🌹 La bonté de Belle

Quand ils furent arrivés à leur maison de campagne, le marchand et ses trois fils s'occupèrent à labourer la terre. La Belle se levait à quatre heures du matin et se dépêchait de nettoyer la maison et d'apprêter à dîner pour la famille. Elle eut d'abord beaucoup de peine, car elle n'était pas accoutumée à travailler comme une servante ; mais au bout de deux mois elle devint plus forte, et la fatigue lui donna une santé parfaite.

La rose fatale

Au bout d'un an, le marchand reçut une nouvelle qu'un de ses vaisseaux venait d'arriver avec des marchandises. Cette nouvelle pensa faire tourner la tête aux deux aînées qui pensaient qu'enfin elles pourraient quitter cette campagne où elles s'ennuyaient tant. Quand leur père fut prêt à partir, elles lui demandèrent de leur apporter des robes, des palatines, des coiffures et toutes sortes de bagatelles.

La Belle ne demandait rien ; car elle pensait en elle-même que tout l'argent des marchandises ne suffirait pas pour acheter ce que ses sœurs souhaitaient. « Tu ne me pries pas de t'acheter quelque chose ? » lui dit son père. « Puisque vous avez la bonté de penser à moi, lui dit-elle, je vous prie de m'apporter une rose, car il n'en vient point ici. »

Le bon homme partit ; mais quand il fut arrivé, on lui fit un procès pour ses marchandises, et après avoir eu beaucoup de peines, il revint aussi pauvre qu'il était auparavant.

🏰 La rencontre avec la Bête

En passant dans un bois, le marchand se perdit. Il neigeait horriblement ; le vent était si fort qu'il le jeta deux fois en bas de son cheval. La nuit étant venue, il pensa qu'il mourrait de faim ou de froid, ou qu'il serait mangé par les loups. Tout d'un coup, il vit une grande lumière au bout d'une longue allée d'arbres. Il marcha de ce côté-là et vit que cette lumière venait d'un grand palais qui était tout illuminé.

Le marchand entra dans une grande salle où il trouva un bon feu et une table chargée de viande, où il n'y avait qu'un couvert. Il attendit longtemps, pensant que le maître de la maison viendrait ; mais onze heures ayant sonné, il ne put résister à la faim et prit un poulet qu'il mangea en deux bouchées et en tremblant. Il but aussi quelques coups de vin et, devenu plus hardi, il sortit de la salle.

Le lendemain matin, en sortant du palais, il aperçut un parterre de roses. Se souvenant de la demande de Belle, il cueillit une branche où il y en avait plusieurs. Au même instant, il entendit un grand bruit et vit venir à lui une bête si horrible qu'il fut tout près de s'évanouir.

« Vous êtes bien ingrat, dit la Bête d'une voix terrible. Je vous ai sauvé la vie en vous recevant dans mon château, et pour ma peine vous me volez mes roses que j'aime mieux que toutes choses au monde. Il faut mourir pour réparer cette faute. Je ne vous donne qu'un quart d'heure pour demander pardon à Dieu. »

Le marchand se jeta à genoux et dit à la Bête : « Monseigneur, pardonnez-moi, je ne croyais pas vous offenser en cueillant une rose pour une de mes filles qui m'en avait demandé. »

« Je ne m'appelle point Monseigneur, répondit le monstre, mais la Bête. Je veux bien vous pardonner, à condition qu'une de vos filles vienne volontairement pour mourir à votre place. Si vos filles refusent de mourir pour vous, vous reviendrez dans trois mois. »

Le sacrifice de Belle

De retour chez lui, le marchand raconta son aventure à ses enfants. Les deux aînées se mirent à crier et dirent des injures à la Belle qui ne pleurait point. « Voyez ce que produit l'orgueil de cette petite créature, disaient-elles ; que ne demandait-elle des ajustements comme nous ? Mais non, Mademoiselle voulait se distinguer. Elle va causer la mort de notre père ! »

« Pourquoi pleurerais-je la mort de mon père ? dit la Belle. Il ne périra pas. Puisque le monstre veut bien accepter une de ses filles, je veux me livrer à toute sa furie, et je me trouve fort heureuse, puisqu'en mourant j'aurai la joie de sauver mon père et de lui prouver ma tendresse. »

Le père protesta qu'il n'accepterait jamais, mais Belle était décidée. Quand le jour du départ arriva, elle suivit son père au château de la Bête.

La vie au château

Arrivés au palais magnifique, ils trouvèrent dans la grande salle une table splendidement servie avec deux couverts. Après le souper, ils entendirent un grand bruit. La Bête parut.

« Belle, dit le monstre, avez-vous voulu venir de bon cœur ? »
« O... oui », dit Belle en tremblant.
« Vous êtes bien bonne, dit la Bête, et je vous suis bien obligé. Bonhomme, partez demain matin, et ne vous avisez jamais de revenir ici. Adieu, la Belle. »
« Adieu, la Bête », répondit-elle.

Le lendemain, Belle se réveilla dans une chambre magnifique. Elle trouva une garde-robe remplie de robes magnifiques, une bibliothèque remplie de livres, un clavecin et plusieurs livres de musique. Sur l'un d'eux était écrit en lettres d'or :

« Commandez, vous êtes la reine et la maîtresse ici. »

Le soir, pendant qu'elle était à table, elle entendit le bruit que faisait la Bête, et ne put s'empêcher de frémir. « Belle, lui dit le monstre, voulez-vous bien que je vous voie souper ? »

« Vous êtes le maître », répondit Belle en tremblant. « Non, reprit la Bête, il n'y a ici de maîtresse que vous. Vous n'avez qu'à me dire de m'en aller si je vous ennuie. Dites-moi, ne trouvez-vous pas que je suis bien laid ? »

« Cela est vrai, dit Belle, car je ne sais pas mentir ; mais je crois que vous êtes fort bon. »

La question

Chaque soir, la Bête lui rendait visite et l'entretenait pendant le souper avec beaucoup de bon sens. Belle découvrait chaque jour de nouvelles bontés dans ce monstre. Loin de craindre son arrivée, elle regardait souvent à sa montre pour voir s'il était bientôt neuf heures, car la Bête ne manquait jamais de venir à cette heure-là.

💝 La question quotidienne

Chaque soir, avant de partir, la Bête demandait à Belle : « Belle, voulez-vous être ma femme ? » Et chaque soir, Belle répondait : « Non, la Bête. » Mais elle ajoutait toujours : « Vous avez bon cœur, mais vous êtes bien laid. »

Le retour et la promesse brisée

Un jour, Belle vit dans son miroir magique que son père était malade. Elle supplia la Bête de la laisser partir le voir. « Allez chez votre père, dit la Bête, mais promettez-moi de revenir dans huit jours, sinon je mourrai de douleur. »

Belle promit et partit. Son père fut guéri par sa présence. Mais ses sœurs, jalouses, la persuadèrent de rester plus longtemps, espérant que la Bête se mettrait en colère et dévorerait Belle.

La dixième nuit, Belle rêva qu'elle était dans le jardin du palais et qu'elle y voyait la Bête couchée sur l'herbe, près du canal d'eau, et qui se mourait. Belle se réveilla en sursaut : « Ne suis-je pas bien méchante de causer du chagrin à une bête qui a pour moi tant de complaisance ? Est-ce sa faute si elle est si laide ? Elle a bon cœur, cela vaut mieux que tout le reste. »

La transformation

Belle tourna sa bague comme la Bête le lui avait appris et se réveilla au château. Elle courut au canal d'eau où elle avait vu la Bête en songe. Elle trouva la pauvre Bête étendue sans connaissance, et elle crut qu'elle était morte.

Elle se jeta sur son corps sans avoir horreur de sa laideur et, sentant que son cœur battait encore, elle prit de l'eau dans le canal et lui en jeta sur la tête.

« Ah ! ma Bête, que vous m'avez fait peur ! Je ne croyais pas que je vous aimais si fort ; mais je sens que je mourrais si vous mouriez. »

La Bête ouvrit les yeux et dit : « Vous avez oublié votre promesse ; le chagrin de vous avoir perdue m'a fait résoudre à me laisser mourir de faim ; mais je meurs content puisque j'ai le plaisir de vous revoir encore une fois. »

« Non, ma chère Bête, vous ne mourrez pas, lui dit Belle ; vous vivrez pour devenir mon époux. Je vous donne ma main et je jure que je ne serai qu'à vous. »

À peine Belle eut-elle prononcé ces paroles qu'elle vit le château brillant de lumière ; les feux d'artifice, la musique, tout lui annonçait une fête. Mais toutes ces beautés n'arrêtèrent point sa vue : elle se retourna vers sa chère Bête dont le danger la faisait frémir.

Quelle fut sa surprise ! La Bête avait disparu, et elle ne vit plus à ses pieds qu'un prince plus beau que l'Amour, qui la remerciait d'avoir fini son enchantement.

✨ La révélation

« Une méchante fée m'avait condamné à rester sous cette figure jusqu'à ce qu'une belle fille consentît à m'épouser, et elle m'avait défendu de faire paraître mon esprit. Ainsi il n'y avait que vous dans le monde pour vous laisser toucher à la bonté de mon caractère ; et en vous offrant ma couronne, je ne puis m'acquitter des obligations que je vous ai. »

Belle, agréablement surprise, donna la main au beau prince pour le relever. Ils allèrent ensemble au château, et Belle pensa mourir de joie en trouvant dans la grande salle son père et toute sa famille que la belle dame qui lui était apparue en songe avait transportés au château.

« Belle, lui dit cette dame qui était une grande fée, venez recevoir la récompense de votre bon choix : vous avez préféré la vertu à la beauté et à l'esprit, vous méritez de trouver toutes ces qualités réunies en une seule personne. Vous allez devenir une grande reine. »

Belle et le prince se marièrent et vécurent parfaitement heureux, parce que leur bonheur était fondé sur la vertu.

La morale du conte

  • La vraie beauté vient du cœur : Belle découvre que la bonté et la générosité de la Bête valent mieux que l'apparence physique.
  • L'amour transforme : C'est l'amour sincère de Belle qui brise l'enchantement et révèle le vrai prince.
  • Le sacrifice et le courage : Belle sacrifie sa liberté pour sauver son père, montrant son courage et son amour filial.
  • Les apparences sont trompeuses : Il ne faut pas juger sur les apparences mais chercher à connaître le cœur des gens.
  • La vertu est récompensée : La bonté et la sincérité de Belle sont finalement récompensées par un bonheur parfait.
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