La Belle au Bois Dormant
Un conte de Charles Perrault
Il était une fois...
Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde, et rien n'y faisait. Enfin, pourtant, la reine devint grosse et accoucha d'une fille.
On fit un beau baptême. On donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on put trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui donnât un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là. Par ce moyen, la princesse eut toutes les perfections imaginables.
Le festin et les dons des fées
Après les cérémonies du baptême, toute la compagnie revint au palais du roi, où il y avait un grand festin pour les fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif, où il y avait une cuiller, une fourchette et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis.
Mais comme chacun prenait sa place à table, on vit entrer une vieille fée qu'on n'avait point priée parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une tour, et qu'on la croyait morte ou enchantée.
⚠️ La vieille fée oubliée
Le roi lui fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif comme aux autres, parce qu'on n'en avait fait faire que sept pour les sept fées. La vieille crut qu'on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents.
Les dons merveilleux
Les fées commencèrent à faire leurs dons à la princesse. Chacune lui donna une qualité :
✨ La plus belle personne du monde
🧠 De l'esprit comme un ange
💃 Une grâce admirable en tout
💃 Danser parfaitement bien
🎵 Chanter comme un rossignol
🎹 Jouer de toutes sortes d'instruments
La terrible malédiction
Le rang de la vieille fée étant venu, elle dit, en branlant la tête encore plus de dépit que de vieillesse :
💀 LA MALÉDICTION
« La princesse se percera la main d'un fuseau
et elle en mourra ! »
Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleurât.
La jeune fée adoucit le sort
Dans ce moment, la jeune fée (la septième) sortit de derrière la tapisserie où elle s'était cachée exprès pour avoir le dernier mot. Elle dit ces paroles à haute voix :
✨ L'ADOUCISSEMENT
« Rassurez-vous, roi et reine :
votre fille n'en mourra pas.
Il est vrai que je n'ai pas assez de puissance
pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait.
La princesse se percera la main d'un fuseau ;
mais au lieu d'en mourir,
elle tombera seulement dans un profond sommeil
qui durera cent ans,
au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller. »
L'édit du roi et les années passent
Le roi, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par la vieille, fit publier aussitôt un édit par lequel il défendait à toutes personnes de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi, sur peine de mort.
Au bout de quinze ou seize ans, le roi et la reine étant allés à une de leurs maisons de plaisance, il arriva que la jeune princesse, courant un jour dans le château et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut d'un donjon, dans un petit galetas, où une bonne vieille était seule à filer sa quenouille.
« Que faites-vous là, ma bonne femme ? » dit la princesse.
« Je file, ma belle enfant », lui répondit la vieille, qui ne la connaissait pas.
« Ah ! que cela est joli ! Comment faites-vous ? Donnez-moi que je voie si j'en ferais bien autant. »
La prophétie s'accomplit
Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que, comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs l'arrêt des fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main et tomba évanouie.
La bonne vieille, bien embarrassée, crie au secours. On vient de tous côtés, on jette de l'eau au visage de la princesse, on la délace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de l'eau de la reine de Hongrie ; mais rien ne la faisait revenir.
Le roi, qui était monté au bruit, se souvint de la prédiction des fées. Il fit mettre la princesse dans le plus bel appartement du palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent. On eût dit d'un ange, tant elle était belle.
Le château s'endort
La bonne fée qui lui avait sauvé la vie, en la condamnant à dormir cent ans, était dans le royaume de Mataquin, à douze mille lieues de là, quand l'accident arriva à la princesse. Mais elle en fut avertie en un instant par un petit nain qui avait des bottes de sept lieues.
La fée partit aussitôt et arriva au bout d'une heure dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons. Elle pensa que quand la princesse viendrait à se réveiller, elle serait bien embarrassée toute seule dans ce vieux château.
Voici ce qu'elle fit : elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans le château (hors le roi et la reine) : gouvernantes, filles d'honneur, femmes de chambre, gentilshommes, officiers, maîtres d'hôtel, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages, valets de pied. Elle toucha aussi tous les chevaux, les gros mâtins de basse-cour et la petite Pouffe, petite chienne de la princesse.
Dès qu'elle les eut touchés, ils s'endormirent tous. Le feu même qui était au fourneau, s'endormit aussi. Tout cela se fit en un moment. Les fées n'étaient pas longues à leur besogne.
🌳 La forêt protectrice
Il crût tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d'épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n'y aurait pu passer : en sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du château, encore n'était-ce que de bien loin.
Cent ans plus tard...
Au bout de cent ans, le fils du roi qui régnait alors, et qui était d'une autre famille que la princesse endormie, étant allé à la chasse de ce côté-là, demanda ce que c'était que des tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort épais.
Un vieux paysan lui raconta qu'il avait ouï dire à son père qu'il y avait dans ce château une princesse, la plus belle du monde ; qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le fils d'un roi, à qui elle était réservée.
Le jeune prince, à ce discours, se sentit tout de feu. Il crut sans balancer qu'il mettrait fin à une si belle aventure. Poussé par l'amour et par la gloire, il résolut de voir sur-le-champ ce qui en était.
Le réveil
À peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux-mêmes pour le laisser passer. Il marcha vers le château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre, parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé.
Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux qui paraissaient morts.
Il entra dans une grande salle de gardes, rangés en haie, la carabine sur l'épaule, et ronflant de leur mieux. Il traversa plusieurs chambres pleines de gentilshommes et de dames, dormant tous, les uns debout, les autres assis.
Il entra enfin dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin.
💕 LE BAISER DU PRINCE
Il s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle.
Alors, comme la fin de l'enchantement était venue, la princesse s'éveilla.
Et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre :
« Est-ce vous, mon prince ?
Vous vous êtes bien fait attendre. »
Ils se parlèrent pendant quatre heures de temps, et ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à se dire.
Cependant tout le palais s'était réveillé avec la princesse. Chacun songeait à faire sa charge. Ils se marièrent dès le soir même dans la chapelle du château, et vécurent heureux pour toujours.
Les leçons du conte
- La patience est récompensée : Malgré cent ans d'attente, l'amour véritable finit par triompher.
- On ne peut échapper au destin : Malgré les précautions du roi, la prophétie s'est réalisée.
- La bonté adoucit les malheurs : La jeune fée a transformé une malédiction mortelle en simple sommeil.
- Le véritable amour brise tous les enchantements : Seul l'amour du prince pouvait réveiller la princesse.
