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Barbe-Bleue

Un conte de Charles Perrault

⚠️ Conte pour enfants plus âgés - contient des thèmes sombres

Il était une fois...

Il était une fois un homme très riche qui possédait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderie et des carrosses tout dorés. Mais par malheur, cet homme avait la barbe bleue, ce qui le rendait si laid et si terrible que toutes les femmes et les filles s'enfuyaient devant lui.

Le mariage mystérieux

Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en mariage. Mais aucune des deux ne voulait l'épouser, car on ne savait ce qu'étaient devenues plusieurs femmes qu'il avait épousées, et personne ne savait ce qu'elles étaient devenues.

Pour faire connaissance, Barbe-Bleue les emmena, avec leur mère et leurs meilleures amies, dans une de ses maisons de campagne. Ils y passèrent huit jours dans des fêtes continuelles. La plus jeune des filles commença à trouver que le maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme. Dès qu'ils furent de retour à la ville, le mariage se conclut.

Le voyage et les clés

Au bout d'un mois, Barbe-Bleue dit à sa femme qu'il devait faire un voyage d'au moins six semaines. Il lui donna les clés de tout : des garde-meubles, de la vaisselle d'or et d'argent, des coffres-forts, et la petite clé de fer qui ouvrait le cabinet au bout de la grande galerie.

🔑 L'interdiction

« Pour cette petite clé, c'est la clé du cabinet au bout de la grande galerie. Ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. »

Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné. Barbe-Bleue partit, et aussitôt les voisines et les bonnes amies vinrent voir la jeune mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa maison.

La curiosité fatale

La jeune femme montra tout à ses amies, mais elle était si pressée par sa curiosité qu'elle ne put attendre. Elle descendit par un petit escalier dérobé vers le cabinet interdit, tremblante.

Elle s'arrêta quelque temps, pensant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter.

Elle prit donc la petite clé et ouvrit en tremblant la porte du cabinet...

💀 L'HORRIBLE DÉCOUVERTE

D'abord elle ne vit rien, car les fenêtres étaient fermées.
Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher
était tout couvert de sang caillé,
et que dans ce sang se miraient les corps
de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs
(c'était toutes les femmes que Barbe-Bleue avait épousées).

Elle pensa mourir de peur. La clé du cabinet, qu'elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main. Quand elle eut un peu repris ses esprits, elle ramassa la clé, mais elle était tachée de sang !

🩸 La clé magique

Elle eut beau essuyer le sang, il ne s'en allait point. Elle eut beau laver, et même frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clé était fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait.

Le retour de Barbe-Bleue

Barbe-Bleue revint de son voyage dès le soir même. Le lendemain il demanda les clés. Sa femme les lui donna, mais sa main tremblait si fort qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé.

« Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clé ? » demanda-t-il.

« Je ne sais pas », répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort.

« Vous ne savez pas ! reprit Barbe-Bleue. Je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues. »

Le sursis et les frères

La jeune femme se jeta aux pieds de son mari en pleurant et lui demanda pardon. Mais il avait un cœur plus dur qu'un rocher. « Il faut mourir, madame, et tout à l'heure ! »

Elle demanda un petit moment pour prier Dieu. Barbe-Bleue lui accorda un quart d'heure. La jeune femme monta dans sa chambre et cria à sa sœur Anne :

« Anne, ma sœur Anne,
ne vois-tu rien venir ? »

Et la sœur Anne lui répondait :
« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie
et l'herbe qui verdoie. »

Cependant, Barbe-Bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force : « Descends vite, ou je monterai là-haut ! »

La pauvre femme répétait plusieurs fois : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

Enfin, la sœur Anne répondit : « Je vois une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. » Puis : « Ce sont mes frères ! »

Le sauvetage

Barbe-Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en tremblait. La pauvre femme descendit et se jeta à ses pieds tout épleurée. « Cela ne sert de rien, dit Barbe-Bleue, il faut mourir ! »

⚔️ LES FRÈRES ARRIVENT !

En ce moment, on heurta si fort à la porte que Barbe-Bleue s'arrêta.
C'étaient les deux frères de sa femme, un dragon et un mousquetaire !
Ils coururent droit à Barbe-Bleue et le percèrent de leurs épées !

La fin heureuse

Barbe-Bleue n'avait point d'héritiers, et ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée depuis longtemps, une autre partie à acheter des charges de capitaine à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec Barbe-Bleue.

Les leçons du conte

  • La curiosité mal placée peut être dangereuse : La désobéissance de la femme a failli lui coûter la vie.
  • Respecter les limites : Certaines interdictions existent pour de bonnes raisons.
  • Le courage de demander de l'aide : La jeune femme a su alerter sa sœur pour faire venir ses frères.
  • L'importance de la famille : Ses frères sont venus la sauver au bon moment.
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