LycéeGuillaume ApollinaireCalligrammes (1918)

Ombre

« Ombre » (1918) est un poème testamentaire d'Apollinaire sur la mémoire des morts de la Grande Guerre. Le poète médite sur ses camarades tombés au combat, dont les souvenirs 'se fondent en un' comme les ombres du soir. Le titre évoque à la fois les ombres des morts (fantômes), l'ombre portée par le survivant (culpabilité), et l'ombre comme métaphore de la mort elle-même. Apollinaire, blessé en mars 1916 et trépané, sait qu'il porte en lui la mort : il survivra à peine deux ans, mourant de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant l'Armistice.

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Ombre
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Le texte intégral

Vous voilà de nouveau près de moi Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre L'olive du temps Souvenirs qui n'en faites plus qu'un Comme cent fourrures ne font qu'un manteau Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article de journal Comme cent regards ne font qu'un miroir Mais qui donc êtes-vous Vous ai-je rencontrés seulement ou bien vous ai-je créés Je ne sais plus tant vous êtes devenus réels Moi seul je suis la mort Moi seul je suis l'ombre Qui vous porte à jamais Tous mes souvenirs se fondent en un Comme le soir on voit les ombres se mêler Et lentement envahir tout Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une seule ombre Qui est la nuit

"Moi seul je suis la mort / Moi seul je suis l'ombre"

Guillaume Apollinaire

Contexte historique

Apollinaire est blessé à la tempe par un éclat d'obus le 17 mars 1916. Il est trépané, survit, mais sa santé reste fragile. Il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant l'Armistice, sans savoir que la guerre est finie. « Ombre » témoigne de la hantise du survivant : pourquoi ai-je survécu quand mes camarades sont morts ? Le poème est un mémorial intime pour tous les morts de la Grande Guerre.

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