LycéeGuillaume ApollinaireCalligrammes (1918)

Merveille de la guerre

« Merveille de la guerre » (1918) est l'un des poèmes les plus troublants d'Apollinaire. Le poète contemple les fusées éclairantes au-dessus des tranchées et les trouve belles, transformant la violence guerrière en spectacle esthétique fascinant. Cette esthétisation de la guerre choque : comment trouver 'beau' un instrument de mort ? Le poème oscille entre fascination pour la modernité technique et conscience macabre ('enfants qui n'ont que le temps de mourir'). Apollinaire explore ici l'ambiguïté morale de l'art face à l'horreur : peut-on trouver beau ce qui tue ?

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Merveille de la guerre
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Le texte intégral

Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit Elles montaient sur leur propre cime et se penchaient pour regarder Ce sont des dames qui dansent avec leurs regards pour yeux bras et cœurs J'ai reconnu ton sourire et ta vivacité C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénice dont les chevelures sont devenues des comètes Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps et à toutes les races Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que le temps de mourir Comme c'est beau toutes ces fusées Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait encore plus S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet et relatif comme les lettres d'un livre Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des mourants Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus encore Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus encore

"Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit"

Guillaume Apollinaire

Contexte historique

Apollinaire combat au front de 1915 à 1916. Les fusées éclairantes sont utilisées massivement pour illuminer le no man's land et détecter les mouvements ennemis. Le poème reflète l'ambiguïté des artistes d'avant-garde face à la guerre : fascination initiale pour la violence moderne (futuristes italiens), puis désillusion progressive. Apollinaire sera blessé à la tempe en mars 1916 et trépané. « Merveille de la guerre » témoigne de cette fascination ambiguë, à la fois esthétique et macabre.

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