LycéeNicolas BoileauL'Art poétique (1674)

L'Art poétique

Traité de poétique en vers, *L'Art poétique* de Boileau est le manifeste du classicisme français. Il y expose les règles de l'écriture poétique selon les principes de raison, clarté et naturel.

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Le texte intégral

CHANT I C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur : S'il ne sent point du ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif ; Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif. Ô vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer : Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces. La nature, fertile en esprits excellents, Sait entre les auteurs partager les talents : L'un peut tracer en vers une amoureuse flamme ; L'autre d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme ; Malherbe d'un héros peut vanter les exploits ; Racan, chanter Philis, les bergers et les bois. Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s'aime Méconnaît son génie, et s'ignore soi-même : Ainsi tel autrefois qu'on vit avec Faret Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret, S'en va, mal à propos, d'une voix insolente, Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante. Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime : L'un l'autre vainement ils semblent se haïr ; La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue, L'esprit à la trouver aisément s'habitue ; Au joug de la raison sans peine elle fléchit, Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit. Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix. La plupart, emportés d'une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée : Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux, S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux. Évitons ces excès : laissons à l'Italie De tous ces faux brillants l'éclatante folie. Tout doit tendre au bon sens : mais pour y parvenir Le chemin est glissant et pénible à tenir ; Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie. La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie. Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire. Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire : Un vers était trop faible, et vous le rendez dur ; J'évite d'être long, et je deviens obscur ; L'un n'est point trop fardé, mais sa muse est trop nue ; L'autre a peur de ramper, il se perd dans la nue. Ce qu'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez ; Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

"Ce qu'on conçoit bien s'énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément."

Nicolas Boileau

Contexte historique

Publié en 1674, ce texte codifie les règles de la poésie classique sous Louis XIV. Boileau s'inspire d'Horace (*Art poétique*) et impose une doctrine fondée sur la raison, l'imitation des Anciens et la bienséance.

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