LycéeFrançois VillonLe Testament (1462)

Ballade des pendus

Depuis le gibet, une voix s'élève pour implorer la pitié des vivants. Ce poème saisissant, écrit comme une épitaphe par des condamnés à mort, est l'un des textes les plus bouleversants de la littérature médiévale. Il donne une voix aux damnés et interroge notre humanité face à la mort et à la justice.

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Ballade des pendus
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Le texte intégral

Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercis. Vous nous voyez ci attachés, cinq, six : Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre. De notre mal personne ne s'en rie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Si frères vous clamons, pas n'en devez Avoir dédain, quoique fûmes occis Par justice. Toutefois, vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis. Excusez-nous, puisque sommes transis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale foudre. Nous sommes morts, âme ne nous harie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! La pluie nous a débués et lavés, Et le soleil desséchés et noircis. Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés, Et arraché la barbe et les sourcils. Jamais nul temps nous ne sommes assis ; Puis çà, puis là, comme le vent varie, À son plaisir sans cesser nous charrie, Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre. Ne soyez donc de notre confrérie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Prince Jésus, qui sur tous as maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : À lui n'ayons que faire ne que soudre. Hommes, ici n'a point de moquerie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

""Frères humains qui après nous vivez, / N'ayez les cœurs contre nous endurcis""

François Villon

Contexte historique

François Villon écrit cette ballade vers 1462, probablement après avoir été condamné à mort (peine commuée en bannissement) pour une rixe ayant entraîné la mort d'un prêtre. Le poème s'inscrit dans son œuvre majeure, 'Le Testament', où il fait le bilan de sa vie de marginal et d'écolier turbulent. Au XVe siècle, les exécutions publiques par pendaison sont courantes, et les corps des condamnés restent exposés sur les gibets comme avertissement. Villon transpose cette réalité macabre en une méditation poétique universelle, s'inspirant peut-être de la vue du gibet de Montfaucon à Paris.

À propos de François Villon

François de Montcorbier, dit François Villon (1431-1463 ?), est le poète français le plus célèbre du Moyen Âge finissant. Écolier de l'Université de Paris, sa vie est marquée par la marginalité, les rixes, les vols et les séjours en prison. Sa poésie, écrite en français et non en latin, mêle l'argot des cours des miracles, l'érudition scolastique, l'humour grivois et une profonde mélancolie existentielle. Ses œuvres majeures, 'Le Lais' (1456) et 'Le Testament' (1461-1462), sont des testaments poétiques où il lègue ses biens (réels ou imaginaires) et médite sur la mort, le temps qui passe et la condition humaine.

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