🪶litterature

L'alexandrin : le guide complet du vers de 12 syllabes

27 juillet 2026 7 min de lecture

Tu as déjà croisé un alexandrin sans le savoir. Ce vers de douze syllabes est le roi de la poésie française. De Racine à Victor Hugo, en passant par Baudelaire, il rythme les plus grands textes. Prêt à le maîtriser ? Suis le guide.

Qu'est-ce qu'un alexandrin ?

Un alexandrin est un vers de douze syllabes. Son nom vient du roman médiéval Alexandre (XIIe siècle), écrit en vers de 12 syllabes. Exemple simple :

« Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées » (Victor Hugo, Demain dès l'aube)

Compte les syllabes : Je / mar / che / rai / les / yeux / fi / xés / sur / mes / pen / sées → 12. C'est un alexandrin parfait.

Comment compter les syllabes dans un alexandrin ?

Pour compter les syllabes, il faut appliquer deux règles : le e muet et la diérèse.

Le e muet

En poésie, le e final d'un mot ne se prononce pas quand il est suivi d'un mot commençant par une voyelle ou un h muet. Il se prononce quand il est suivi d'une consonne ou en fin de vers. Exemple :

« Et mes yeux, mes beaux yeux, mes yeux pleins de lumière » (Victor Hugo, Les Contemplations)

Découpage : Et / mes / yeux / mes / beaux / yeux / mes / yeux / pleins / de / lu / miè / re → 13 syllabes ? Non ! Le e de « lumière » est en fin de vers, donc il compte. Mais « yeux » (1 syllabe) et « beaux » (1 syllabe). Attends, recomptons : Et (1) mes (2) yeux (3) mes (4) beaux (5) yeux (6) mes (7) yeux (8) pleins (9) de (10) lu (11) miè (12) re (13). C'est un alexandrin de 13 syllabes ? Non, il y a une erreur : « pleins de » : « pleins » (1 syllabe) + « de » (1 syllabe) = 2. Mais « de » se prononce [də] avec e muet ? En fait, le e muet de « de » ne compte pas car il est suivi d'une consonne ? Non, « de » est un mot d'une syllabe. Je vais prendre un exemple plus clair.

Exemple de e muet : « La fille de Minos et de Pasiphaé » (Racine, Phèdre). Découpage : La (1) fil (2) le (3) de (4) Mi (5) nos (6) et (7) de (8) Pa (9) si (10) pha (11) é (12). Le e de « fille » se prononce car il est suivi d'une consonne (d). Le e de « de » ne se prononce pas car il est suivi d'une voyelle (Mi). Donc 12 syllabes.

La diérèse

Parfois, deux voyelles qui forment normalement une seule syllabe sont séparées en deux. Exemple : « Et l'âme de la lyre et le chant du poète » (Lamartine). Dans « poète », on peut dire « po-è-te » (3 syllabes) ou « pè-te » (2 syllabes). En poésie classique, on fait souvent la diérèse : po-è-te (3 syllabes).

La césure : le cœur de l'alexandrin

L'alexandrin classique a une césure au milieu, après la 6e syllabe. On l'appelle césure à l'hémistiche. Exemple :

« Je te donne ces vers // afin que si mon nom » (Baudelaire, Les Fleurs du mal)

Les deux moitiés (hémistiches) ont 6 syllabes chacune. La césure est obligatoire dans la poésie classique (XVIIe siècle).

Exceptions : l'alexandrin romantique et moderne

Les poètes romantiques (Hugo, Musset) et modernes (Verlaine, Rimbaud) ont assoupli la règle. Ils placent la césure ailleurs ou la suppriment. Exemple :

« Un homme est à la mer // un homme est à la mer » (Victor Hugo, Les Châtiments) – ici césure après la 6e, mais parfois Hugo écrit : « Et l'océan, roulant // ses vagues, les dévore » (césure après 6e aussi). En réalité, les romantiques utilisent souvent l'enjambement qui chevauche la césure.

Histoire de l'alexandrin

L'alexandrin naît au XIIe siècle dans le Roman d'Alexandre. Il devient le vers noble au XVIe siècle avec la Pléiade (Ronsard, Du Bellay). Au XVIIe siècle, le théâtre classique (Corneille, Racine, Molière) l'impose. Au XIXe siècle, les romantiques le libèrent. Au XXe siècle, il reste utilisé mais souvent brisé (Apollinaire, Alcools).

Exemples célèbres d'alexandrins

  • Racine, Phèdre : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée » (12 syllabes, césure après « entière »).
  • Hugo, Les Contemplations : « Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne » (12 syllabes).
  • Baudelaire, L'Albatros : « Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage » (12 syllabes).
  • Verlaine, Chanson d'automne : « Les sanglots longs / des violons / de l'automne » – attention, ce n'est pas un alexandrin, c'est un vers impair (7 syllabes).

Comment analyser un alexandrin ?

Pour l'oral ou le commentaire, suis ces étapes :

  1. Vérifie le nombre de syllabes : compte en appliquant e muet et diérèse.
  2. Repère la césure : y a-t-il une coupe après la 6e syllabe ?
  3. Observe les effets : l'alexandrin peut créer un rythme régulier (solennel) ou être brisé par des enjambements (dynamique).
  4. Relie au sens : la césure peut souligner une opposition, un parallélisme.

Exemple d'analyse : « Le soleil s'est couché // une fois encor » (Hugo, Les Feuilles d'automne). Césure après « couché » (6e syllabe). Les deux hémistiches sont égaux, rythme régulier. Le sens : la fin du jour (1er hémistiche) et la répétition (2e hémistiche).

Conseils pour le bac de français

Au bac, l'analyse de la versification peut rapporter des points. Voici comment t'entraîner :

  • Lis des poèmes à voix haute en marquant les 12 syllabes.
  • Fais des exercices de scansion sur AlloPoésie.
  • Révise avec les quiz : Quiz versification.
  • Pour l'oral, prépare un exemple d'alexandrin que tu connais par cœur.

N'oublie pas que l'alexandrin est aussi présent dans la prose poétique et le théâtre. Si tu veux approfondir, consulte notre guide complet sur la versification.

Conclusion

L'alexandrin n'est plus un mystère pour toi. Avec ses 12 syllabes, sa césure et ses règles, il structure la poésie française depuis des siècles. Continue à t'exercer, et bientôt tu reconnaîtras un alexandrin en un coup d'œil. Pour t'aider, n'hésite pas à consulter les ressources d'AlloPoésie et à partager tes découvertes avec tes camarades.

📚 Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un alexandrin ?

Un alexandrin est un vers de douze syllabes. C'est le vers le plus utilisé dans la poésie française classique et romantique.

Comment compter les syllabes dans un alexandrin ?

Il faut tenir compte du e muet (prononcé ou non selon sa place) et de la diérèse (séparation de deux voyelles en deux syllabes). Exemple : 'Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées' = 12 syllabes.

Qu'est-ce que la césure dans un alexandrin ?

La césure est une coupe obligatoire après la 6e syllabe dans l'alexandrin classique. Elle divise le vers en deux hémistiches de 6 syllabes chacun.

Quels poètes célèbres ont utilisé l'alexandrin ?

Racine, Corneille, Molière (théâtre classique), Victor Hugo, Baudelaire, Verlaine (poésie romantique et moderne) ont tous utilisé l'alexandrin.

L'alexandrin est-il encore utilisé aujourd'hui ?

Oui, mais de manière plus libre. Les poètes contemporains l'utilisent parfois en le brisant ou en le mêlant à d'autres vers.

Quelle est la différence entre un alexandrin et un décasyllabe ?

L'alexandrin a 12 syllabes, le décasyllabe en a 10. Le décasyllabe est plus ancien et a une césure variable (souvent après la 4e ou la 6e syllabe).

Bravo ! Tu as lu cet article
Inscris-toi pour sauvegarder ta progression et gagner des XP
Creer mon compte
alexandrin versdouze syllabesversificationpoésiebac français
Poésia