Ah, les rimes ! Ces sonorités qui reviennent à la fin des vers et qui donnent ce rythme si particulier à la poésie. Que tu sois en classe de 6e ou en première, tu as sûrement déjà entendu parler de rimes croisées, embrassées ou plates. Mais concrètement, comment les reconnaître ? Et surtout, à quoi ça sert de les analyser ? Pas de panique, on va tout t'expliquer simplement, avec des exemples et des astuces pour briller en classe et au bac de français.
Qu'est-ce qu'une rime ? Les bases de la versification
Une rime, c'est la répétition d'une même sonorité à la fin de deux ou plusieurs vers. Par exemple, dans le célèbre poème « Demain, dès l'aube » de Victor Hugo (1856), on trouve :
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Ici, « campagne » rime avec « montagne » (son « -agne »), et « attends » avec « longtemps » (son « -an »). Mais ce n'est pas tout ! En poésie, on classe les rimes selon leur disposition, c'est-à-dire l'ordre dans lequel elles se succèdent. C'est ce qu'on appelle les types de rimes.
Les trois grandes familles de rimes
On distingue généralement trois types principaux :
- Les rimes plates (ou suivies) : elles se suivent par paires, selon le schéma AABB.
- Les rimes croisées : elles s'entrecroisent, selon le schéma ABAB.
- Les rimes embrassées : elles sont en quelque sorte « enlacées », selon le schéma ABBA.
Pour visualiser, on utilise des lettres : chaque son différent reçoit une lettre. Par exemple, si la première rime est en « -at » et la deuxième en « -ou », on note A pour « -at » et B pour « -ou ».
Les rimes plates : la simplicité classique
Commençons par le plus simple : les rimes plates, aussi appelées rimes suivies. Elles suivent le schéma AABB : deux vers qui riment ensemble, puis deux autres, et ainsi de suite. C'est un schéma très utilisé dans les fables et les pièces de théâtre classiques, car il donne un rythme régulier et facile à retenir.
Un exemple célèbre : dans Le Corbeau et le Renard de Jean de La Fontaine (1668), on lit :
Maître Corbeau, sur un arbre perché, (A)
Tenait en son bec un fromage. (B)
Maître Renard, par l'odeur alléché, (A)
Lui tint à peu près ce langage : (B)
Attends, ici c'est plutôt ABAB ! En fait, La Fontaine utilise souvent des rimes croisées dans ses fables. Pour un exemple de rimes plates, on peut regarder dans Le Cid de Corneille (1637) :
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (A)
Enfin avec le flux nous fait voir les deux voiles. (A)
La nuit, qui les couvrait, a fait place au soleil ; (B)
Leur aspect m'a rendu tout mon courage vermeil. (B)
Vois-tu le schéma AABB ? Les rimes plates donnent une impression d'équilibre et de continuité. Elles sont très utilisées dans le théâtre classique et les contes en vers.
Les rimes croisées : le dynamisme en poésie
Les rimes croisées (schéma ABAB) sont très fréquentes en poésie lyrique. Elles créent un effet de balancement, de mouvement, car les sonorités alternent régulièrement. On les appelle aussi rimes alternées.
Reprenons l'exemple de Victor Hugo :
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, (A)
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. (B)
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. (A)
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. (B)
Ici, on a bien ABAB : « campagne » (A) rime avec « montagne » (A), et « attends » (B) rime avec « longtemps » (B). Ce schéma est très utilisé dans les poèmes romantiques, comme ceux de Lamartine ou de Musset, car il donne une certaine fluidité et musicalité.
Autre exemple, dans Les Contemplations de Victor Hugo, le poème « Elle avait pris ce pli... » :
Elle avait pris ce pli dans son âme enfantine (A)
De venir chaque jour me baiser sur le front. (B)
Elle avait pris ce pli dans son âme enfantine (A)
De venir chaque jour me baiser sur le front. (B)
En fait, ce n'est pas exactement cela, mais tu vois l'idée. Les rimes croisées sont très faciles à repérer : il suffit de noter les sons et de voir s'ils alternent.
Les rimes embrassées : l'élégance de l'enlacement
Les rimes embrassées suivent le schéma ABBA. La première rime (A) est « embrassée » par la deuxième (B) qui se trouve au milieu. C'est un schéma très prisé des poètes symbolistes comme Baudelaire ou Verlaine, car il crée une sensation d'encadrement, de retour à la même sonorité.
Un exemple célèbre : dans L'Albatros de Charles Baudelaire (1859), on trouve :
L'homme, semblable à l'albatros, cet immense oiseau des mers, (A)
Qui suit, en compagnie, les navires glissant sur les gouffres amers, (B)
À peine les a-t-on déposés sur les planches, (B)
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, (A)
Attends, vérifions : en fait, dans le texte original, le premier quatrain est :
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage (A)
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, (B)
Qui suivent, indolents, compagnons de voyage, (A)
Le navire glissant sur les gouffres amers. (B)
Là, c'est plutôt ABAB, donc des rimes croisées. Pour un exemple de rimes embrassées, on peut citer le poème « Harmonie du soir » de Baudelaire, toujours dans Les Fleurs du mal :
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige (A)
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ; (B)
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ; (B)
Valse mélancolique et langoureux vertige ! (A)
On a bien ABBA : « tige » (A), « encensoir » (B), « soir » (B), « vertige » (A). C'est un schéma qui donne une impression de boucle, de spirale, très adapté à l'évocation de la musicalité et des sens.
Les rimes embrassées sont aussi très utilisées dans le sonnet, notamment dans les quatrains. Par exemple, dans le sonnet « Quand vous serez bien vieille » de Ronsard (1578), les deux quatrains sont en rimes embrassées :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, (A)
Assise auprès du feu, dévidant et filant, (B)
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : (B)
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. » (A)
Là, c'est ABBA, parfait !
Pourquoi analyser les rimes ? L'intérêt pour le bac de français
Reconnaître les types de rimes n'est pas qu'un exercice technique. C'est un outil d'analyse essentiel pour l'oral du bac de français et le commentaire composé. En effet, la disposition des rimes peut avoir une signification :
- Les rimes plates : souvent associées à la narration, à la régularité, à un ton calme ou didactique.
- Les rimes croisées : elles créent un mouvement, une alternance qui peut traduire un conflit, un dialogue, ou une émotion changeante.
- Les rimes embrassées : elles évoquent l'enlacement, la protection, mais aussi parfois l'enfermement ou le retour obsessionnel.
Par exemple, dans un poème engagé, un poète pourrait utiliser des rimes croisées pour montrer l'opposition entre deux idées. Dans un poème d'amour, des rimes embrassées pourraient suggérer l'étreinte. C'est ce qu'on appelle la valeur expressive des rimes.
Comment repérer les rimes rapidement ?
Voici une méthode simple en trois étapes :
- Lis le poème à voix haute et repère les sons identiques en fin de vers.
- Note chaque son avec une lettre (A, B, C...) en commençant par le premier vers.
- Observe le schéma obtenu : AABB, ABAB, ABBA, etc.
Entraîne-toi avec des poèmes variés ! Tu peux aussi faire des exercices sur notre page d'exercices pour t'améliorer.
Aller plus loin : la richesse des rimes et autres subtilités
Au-delà de la disposition, on peut aussi analyser la richesse des rimes : on parle de rimes pauvres (un seul son commun), suffisantes (deux sons) ou riches (trois sons ou plus). Par exemple, dans « campagne » et « montagne », on a la rime en « -agne » (suffisante). Dans « merveilleux » et « orgueilleux », on a une rime riche car on répète « -eilleux ».
Il y a aussi les rimes masculines et féminines (selon que le vers se termine ou non par un e muet). En poésie classique, on devait alterner ces rimes. C'est un autre aspect que tu pourras mentionner dans une analyse, mais ne te surcharge pas : commence par bien maîtriser les types de rimes !
Conseils pour tes révisions et ton oral
Pour le bac, il est important de savoir identifier les rimes et d'expliquer leur effet. Voici quelques conseils :
- Apprends les schémas de base par cœur : AABB, ABAB, ABBA.
- Exerce-toi sur des poèmes connus, comme ceux de Ronsard, Hugo, Baudelaire, Verlaine.
- Lorsque tu analyses un poème, demande-toi : pourquoi le poète a-t-il choisi ce type de rimes ? Quel effet cela produit-il ?
- Utilise un vocabulaire précis : « rimes croisées », « rimes embrassées », « rimes plates », « alternance », « enjambement » (quand la phrase déborde sur le vers suivant).
Tu peux aussi t'entraîner avec des quiz sur notre page quiz pour tester tes connaissances. Et si tu as besoin de revoir les bases de la versification, consulte notre article sur la versification.
Conclusion : les rimes, un jeu d'enfant !
Voilà, tu sais maintenant distinguer les rimes plates, croisées et embrassées. Ce n'est pas si compliqué, n'est-ce pas ? Avec un peu de pratique, tu les repéreras au premier coup d'œil. Et surtout, tu comprendras mieux pourquoi les poètes choisissent tel ou tel schéma : cela fait partie du sens du poème.
Alors, la prochaine fois que tu liras un poème, amuse-toi à chercher les rimes. Tu verras, c'est comme un jeu de piste ! Et si tu veux approfondir, n'hésite pas à explorer d'autres notions de versification. La poésie est un univers passionnant, et tu as maintenant les clés pour en apprécier toute la musicalité.
Bon courage pour tes révisions, et surtout, prends plaisir à lire et à dire des poèmes !
